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La marche du sol, ou le « retour à l’unité » par l’autonomie alimentaire

Samedi 27 mai 2017, 07 h 07 – Lune ascendante, jour racine. Ciel bleu. Air frais. Ne pas jardiner après 13 h 10 / périgée.

Il fait beau au lever du jour, ce matin, à 7 heures 7, lorsque j’ai pris la décision de commencer l’écriture de mon journal de bord. Pour la première fois que je suis à Aigues-Mortes depuis un peu plus de deux ans, j’ai entendu vers 5 heures et demi du matin le chant du coq. Quel plaisir ! Une personne dans le voisinage assez éloigné, mais pas trop, s’est procuré un coq. Et ce coq chante au lever du soleil. Cela me plait. J’entends aussi le chant des tourterelles et le cri des hirondelles qui tournoient joyeusement dans le ciel azur. L’air est pur. Et comme les paysans en périphérie de la ville, en direction de Lunel, ont commencé à faire les foins, il y a dans l’air une subtile odeur végétale de campagne heureuse me rappelant mon enfance lorsque j’allais travailler à la ferme en Normandie, près de Varaville, comme jeune apprenti agricole dès l’âge de 14 ans durant les week-ends et les périodes de congés scolaires. À cette heure, j’étais responsable d’un troupeau d’une soixantaine de vaches que je devais amener à la traite. Et dans la journée, je partais aux champs avec le tracteur et la faucheuse pour faire les foins. Qu’est-ce que j’aimais cela. Être en contact étroit avec la nature me rend heureux. Me revoilà parti à la campagne en souvenir alors que depuis plus de 40 ans, je vis l’essentiel de mon temps en ville. Et cela comme la grande majorité des gens dans le monde « moderne » à présent.

Aujourd’hui, la présence de la campagne authentique et préservée est devenue une denrée rare, presque hors de portée. Je vois la marche folle d’un monde qui court à sa perte. Alors j’ai dit stop, ça suffit, je ne veux plus nourrir ce qui m’éloigne de la beauté, l’harmonie et la paix. J’ai décidé de créer une autre réalité. Une réalité heureuse. Une réalité qui me fait grandir sur la voie de la liberté et de l’amour pur. Une réalité de « sobriété heureuse », de bienveillance et d’entraide, de sérénité de chaque instant vécu au service de la Vie dans sa plus grande et sa plus belle expression. Une réalité de co-création joyeuse d’abondance partagée.

Le 11 février 2012, déjà, je proposais à Mary Clear, co-fondatrice du mouvement participatif d’agriculture urbaine « Incredible Edible Todmorden » (1), de mettre mes compétences de manière bénévole au service de cette démarche citoyenne pour l’amener en France et l’aider à la développer dans le monde. En découvrant cette expérience de transformation des villes en jardins potagers géants et gratuits par la nourriture à partager dans un article du magazine Natural News en décembre 2011, j’ai tout de suite vu qu’il y avait dans ce programme tous les ingrédients permettant la refondation de notre civilisation marchande de compétition totalement involutive en une société coopérative pacifiée. C’est la raison pour la quelle j’ai entrepris de ne plus m’investir dans ce que je considère le vieux monde de la dualité et de la séparation pour alimenter et participer à cocréer le Nouveau Monde des coopérations et de l’entraide où la reconnexion à la terre par le soin du sol dans la bienveillance et l’ouverture aux autres constitue la base de nos communautés humaines, la production d’une nourriture saine à proximité immédiate des endroits où nous vivons. Le 12 juillet 2014, je me retrouvais à Todmorden à la demande de Cyril Dion et Mélanie Laurent pour expliquer à l’équipe de tournage du film « Demain » (2) comment est née cette vague de partage qui s’est répandue dans plus de 800 villes en France et 400 villes dans le monde en moins de trois ans et montrer à l’aide du témoignage des acteurs comment il est aujourd’hui possible de se mettre en marche sur la voie de l’autonomie alimentaire en tout lieu sur la planète. Déjà, le 26 avril 2013, le magazine La Vie (3) publiait un article du journaliste Olivier Nouaillas, par lequel, au vu de l’expérience de Todmorden (4), j’étais en mesure d’affirmer : « L’autosuffisance alimentaire est en marche. »

Le 6 avril dernier, après deux ans de préparation, je me sentais enfin prêt. Je décidais d’entreprendre cette marche de près de quatre années, jusqu’à fin 2020. Une marche participative, une marche ouverte à tous, sur la voie de l’autonomie alimentaire. Chaque jour sera consacré à cette intention. C’est avec ce journal de bord diffusé en ligne sur le site AutonomieAlimentaire2020.info que l’expérience sera partagée au fil du voyage, permettant à celles et ceux qui désirent y participer de se mettre en mouvement eux aussi car, assurément, depuis que l’agriculture urbaine en mode open-source s’est propagée dans plus de 1200 villes, je peux en témoigner pour être en relation avec quasiment tous les représentants des collectifs, nous sommes vraiment nombreux à vouloir aller dans cette direction.

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(1) – Lien vers le site Incredible Edible Todmorden

(2) – Dossier de presse du film « Demain » à télécharger avec témoignage de Mélanie Laurent à propos des Incroyables Comestibles : « Le monde manque d’initiatives réjouissantes faciles à mettre en place et qui donnent des idées. C’est ce que disent deux de nos personnages, Mary et Pam, les créatrices des incroyables comestibles : il faut commencer dans sa rue, dans son quartier, avec ses voisins, puis mobiliser les chefs d’entreprise, les élus locaux. Quand les gens commencent à faire quelque chose, ils ne s’arrêtent plus, ils continuent, échangent leurs idées, expérimentent, partagent. Dans le métro, si vous tenez la porte à celui qui vous suit, il accélère et dans 99% des cas, il aide ceux qui sont derrière lui. C’est à l’infini. C’est tout ce que j’aime. Nous ne sommes plus dans une zone de confort et pour autant, nous ne sommes pas encore dans l’effondrement. Nous sommes dans une phase particulièrement inspirante : nous savons que nous allons nous prendre un mur et c’est le moment de nous mobiliser. L’être humain est allé marcher sur la Lune, a aboli l’esclavage, éradiqué des maladies, nos capacités sont immenses, à nous de les mettre au service de notre survie et de notre bonheur collectif… »

(3) – Article de La Vie du 26 avril 2013 : « L’autosuffisance alimentaire est en marche »

(4) – Lien vers l’article de Jean Hassenforder, docteur en Sciences humaines, auteur et ancien directeur du centre de documentation recherche à l’INRP : Incroyable, mais vrai ! Comment « Les Incroyables Comestibles » se sont développés en France.

 

 

 

 

 

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2 thoughts on “La marche du sol, ou le « retour à l’unité » par l’autonomie alimentaire

  1. Merci François. DUNIAMÂ (signifie TerreMère en Swahilie, une langue de l’Afrique de l’Est) est une association que nous avons crée au Sénégal qui oeuvre dans l’agroécologie et la permaculture.
    Bien qu’ayant souvent des problèmes de connexion en Afrique, DUNIAMÂ suivra régulièrement la démarche d’Autonomie Alimentaire. Une étape qu’il nous faut atteindre en Afrique.
    Les espaces de Lumière apparaissent et avec une nouvelle génération un peu plus consciente et qui s’engage au quotidien.
    Nous échangeons, réfléchissons à ce que pourrait être une autosuffisance alimenterre.
    Pour DUNIAMÂ cela passe par les “Jardins de femmes”. Parce que les “Jardins de Femmes” sont une tradition, ils sont le plus enclins à entamer cette démarche, et parce que les femmes gèrent le quotidien des familles elles saisissent toute l’opportunité d’une autonomie alimenterre saine et durable.
    Restons en lien.
    Avec toute mon affection.
    Pour DUNIAMÂ;
    Isis

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