Accueil Le blog de François Rouillay En route pour l’autonomie alimentaire : on se prépare (1)

En route pour l’autonomie alimentaire : on se prépare (1)

Comment faire pour satisfaire nos besoins en alimentation lorsque l’on part de zéro ? Comment s’y prendre lorsqu’on a des moyens limités, quand on se trouve dans les conditions les plus défavorables ? C’est l’objet des travaux de recherche que nous avons menés depuis une dizaine d’années avec les nombreuses équipes de volontaires anonymes qui pratiquent l’agriculture urbaine de troisième génération en mode “open-source” dans les conditions parfois extrêmes, je parle de ces jardiniers urbains qui cultivent ou ont cultivé des bacs de “nourriture à partager” dans plus de 1200 villes au sein d’une quarantaine de pays avec les Incroyables Comestibles. Durant trois mois, sur le site de l’Université Francophone de l’Autonomie Alimentaire, de ce lundi 2 mars au mardi 2 juin 2020, nous allons passer en revue les différentes actions possibles à mener pour se préparer et créer les conditions d’apprendre l’autonomie alimentaire en tout lieu. À commencer par les publics les plus fragiles. Nous mettrons sur le site en libre téléchargement des diaporamas pédagogiques sous forme de tutoriels pour avancer pas à pas ainsi que des vidéos et des articles explicatifs. Tout sera proposé dans le partage car c’est le partage qui crée l’abondance.

Puis, dans un second temps, après les préparatifs, viendra l’étape de réalisation durant trois ans, de juin 2020 à juin 2023. Nous entamerons le chemin de la transition alimentaire pour agir de sorte à couvrir progressivement nos besoins alimentaires essentiels au plus proche de notre lieu de résidence, soit 30% la première année, 70% la seconde année et 85% la troisième année. À titre d’information, la ville anglaise de Todmorden, dans le Yorkshire, a réussi à couvrir 83% de ses besoins alimentaires en 3 ans, de mars 2008 à octobre 2011, sur un rayon d’approvisionnement de 50 miles, soit 80 km à la ronde, grâce au mouvement participatif citoyen “Incredible Edible Todmorden” à présent devenu célèbre dans le monde entier. En 2013, nous avons été sollicité par Mohamed Chafchaouni, représentant local du mouvement Slow Food au Maroc pour tenter de reproduire l’expérience de Todmorden dans un village pauvre se situant à 50 km au sud de Rabat. Il s’agit de Brachoua où les familles ne disposaient ni d’eau courante, ni d’électricité au point que beaucoup devaient faire la mendicité pour se nourrir. Nous avons accompagné bénévolement ce village à titre expérimental avec la méthode des Incroyables Comestibles de nourriture à partager en transmettant aux habitants les connaissances de base de la permaculture. Le résultat ne s’est pas fait attendre, en trois ans, le village a obtenu l’eau courante et l’électricité, mais surtout a réussi a atteindre l’autonomie alimentaire. Depuis, Brachoua est devenu un haut lieu de l’éco-tourisme au Maroc. On vient du monde entier pour le visiter et apprendre la méthode pour la reproduire ailleurs. Chaque année, des chantiers participatifs de plantations sont organisés pour faire reculer l’aridité et rendre les paysages nourriciers. C’est ainsi qu’entre janvier et février de cette année, avec l’aide de l’Association IBN ALBAYTAR, 30.000 arbres fruitiers ont été plantés sur différents sites de la région. Je vous invite à faire vos propres recherches et découvrir par vous-mêmes les enseignements tirés de ces expériences de partage et d’entraide démontrant que c’est possible et que ça fonctionne. Ainsi, vous vous rendrez compte que l’autonomie alimentaire, c’est l’affaire de tous, ça s’apprend et ça s’organise.

Pour terminer notre premier chapitre de cette étape préparatoire, je vous invite à vous organiser et à commencer à vous informer sur le sujet. Le premier travail préparatoire que je vous propose est de vous procurer un cahier qui vous servira de journal de bord. Vous pouvez aussi écrire sur des feuilles libres assemblées dans un classeur. À vous de voir ce qui vous convient le mieux. Ainsi vous pourrez noter votre progression, comme un navigateur, ce sera votre aide-mémoire pour consigner les résultats de vos recherches, de vos travaux pratiques, vos semis, vos plantations, vos recettes de cuisine, vos trucs et astuces.

Durant ces trois mois, nous allons nous préparer pour apprendre à être autonomes ET collaboratifs. À tout moment, vous pourrez vous exprimer en rejoignant les autres participants sur la voie du retour à l’autonomie alimentaire au sein des GROUPES DE TRAVAIL géographiques et thématiques EN LIEN ICI, en attendant la création tout prochainement de notre propre réseau social interne sur le site de l’Université Francophone de l’Autonomie Alimentaire.

Au plaisir de vous retrouver dans le partage,

Bien amicalement

François Rouillay

PS – J’ai choisi en illustration de cet article une planche d’images pour montrer comment il est possible de commencer par des petites actions quand on part de zéro, sans terre et sans moyens, en récupérant des cagettes sur les marchés pour apprendre à fabriquer un radeau nourricier dans une cour, sur une terrasse ou entre deux toits d’habitation. Regardez en 2:50 minutes ce qu’il est possible de produire comme nourriture en moins de 5 mois sur la vidéo EN LIEN ICI. Et ce que vous saurez faire dans une cagette, puis sur une palette, vous pourrez le reproduire à plus grande échelle.

PHOTO 1 – Collecte de cagettes sur le marché local hebdomadaire. Je me rends à la fin du marché et je demande aux producteurs en train de remballer leurs marchandises si je peux récupérer les cagettes à légumes qu’ils mettent de côté pour les poubelles. Souvent, il y a des légumes abîmés dedans, je les prends aussi pour nourrir mon compost urbain et fabriquer mon sol nourricier, comme on le verra plus tard (des fois j’en ai aussi assez pour faire de la soupe car tous les légumes ne sont pas entièrement abîmés). Je prends aussi des palettes quand c’est possible. Tout cela demande un peu d’organisation, mais c’est de la belle ressource de recyclage et c’est gratuit !

PHOTO 2 – Je récupère des planches à la déchetterie en aidant des personnes âgées à vider leur voiture, ils me donnent volontiers le bois dont ils sont venus se débarrasser. Puis, je fixe les planches dans un recoin de la maison en étagères. Vous pouvez les mettre à la cave, dans un atelier, dans un garage, en les disposant du sol au plafond pour ranger les cagettes. Les cagettes soigneusement rangées servent à conserver les courges, les patates et autres récoltes qui resteront l’hiver au noir et hors gel. Je range aussi dans ces cagettes mes petits matériels d’agriculture urbaine. Nous y reviendrons pour voir comment et avec peu de matériel je cultive de manière intensive dans les interstices de la ville.

PHOTO 3 – Vue d’une jardinière de récup’ fabriquée à partir de deux cagettes de format 60 x 40 cm placées et assemblées l’une sur l’autre. J’ai pris soin de retirer le fond de la cagette supérieure. À l’intérieur, j’ai tapissé les parois avec du carton d’emballage. L’ensemble est assez solide pour durer deux ou trois saisons à l’exception du carton que je dois remplacer chaque année. Une double cagette ainsi constituée en jardinière produit beaucoup de nourriture, tout en fabriquant votre sol nourricier de haute vitalité avec la technique des lasagnes de permaculture, comme on le verra avec la marelle nourricière des enfants. Nous y reviendrons ultérieurement pour un cours complet sur cette technique extraordinaire.

PHOTO 4 – Mise en place de la première jardinière sur le radeau nourricier constitué de deux palettes européennes au format 120 x 80 cm posées l’une sur l’autre. Ces deux palettes sont reliées par 4 pieds juxtaposés d’environ 1 mètre de hauteur. Il est possible de fixer des bidons sous la palette supérieure si vous souhaitez obtenir un jardin flottant. Vous l’aurez compris, la taille de la jardinière en cagettes est proportionnelle à la palette.

PHOTO 5 – J’installe une seconde cagette avec ses plantations sur le radeau, puis, une troisième et une quatrième. Nous sommes ici entre deux toits sur un rebord bien ensoleillé et à l’abri du vent. Cela ne gêne personne et ça pousse à merveille comme vous pouvez vous en rendre compte en regardant la vidéo ci-dessous.

PHOTO 6 – Vue du radeau nourricier entièrement installé et planté le 5 mai 2017 à Aigues-Mortes. Ce jardin potager expérimental est prêt à entrer en pleine production pour la saison. L’essai a réussi au-delà de ce que je pouvais imaginer. Coût total de l’opération : 0 €. Ces images sont placées ici à titre indicatif pour vous donner une idée de ce qu’il est possible de produire avec de la récup’, sans terre et sans argent. Une fois que vous savez le faire sur 1 m2, vous pouvez le reproduire sur 10, 20 ou 100 m2 et plus. Après, c’est une question d’organisation. Et quand on ne dispose pas de terrain, on s’y prend à plusieurs sur un jardin partagé. Pour se procurer les semences, ce sera la même chose en apprenant à partager, notamment avec les grainothèques. Proposez la création d’une grainothèque à votre médiathèque intercommunale s’il n’y en a pas déjà une, et participez à constituer un groupe d’échange et d’entraide. Il y a plus de 800 grainothèques en France déjà fonctionnelles. Nous y reviendrons en détail lorsque nous aborderons L’ACTION 8 de la feuille de route des 21 actions du guide de l’autonomie alimentaire : “Grainothèques pour la vie”.

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6 thoughts on “En route pour l’autonomie alimentaire : on se prépare (1)

    1. Merci pour ces mots d’encouragement. Oui, c’est un plus de lire le livre qui fait déjà la synthèse du parcours pédagogique et qui servira de manuel d’accompagnement pour les personnes qui souhaitent approfondir le sujet au-delà des travaux qui seront partagés sur les pages du site internet.
      Bien cordialement
      François

  1. Bonjour, je suis enseignante en maternelle et je souhaitais guider mes petits élèves (PS/MS)et leurs parents afin qu’ils puissent préparer un petit jardin. Certains habitent dans une maison et ont la possibilité de jardiner avec leurs parents, d’autres sont en appartement. Seriez-vous où je pourrais trouver un tuto (pas à pas) pour faire quelques plantations dans une cagette par exemple avec peu de choses, des explications très simples pour que ce soit à la portée de toutes les familles…Merci, bonne journée

    1. Bonjour Valérie,

      Vous trouverez sur ce site beaucoup d’informations pour répondre à vos questions, il est fait pour cela.
      Allez dans l’onglet tutoriel, et médiathèque-vidéos.
      Vous pouvez visionner la vidéo sur la marelle nourricière : http://www.autonomiealimentaire.info/la-marelle-nourriciere-2/
      et lire le tutoriel : http://www.autonomiealimentaire.info/04-le-jeu-de-la-marelle-nourriciere/
      Entre les tutoriels, vidéos, articles, il y a de quoi puiser des tas d’idées et d’informations.
      Sabine

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